MOUSSA aime DASSINE (1)

MOUSSA aime DASSINE (1)
Moussa aime Dassine. Il l'appelle

« La rose du Hoggar »
« La lune blanche »
« La fille de l'étoile »
« L'incomparable »
« L'unique »
« L'or et l'argent mêlés »
« L'étoile entre les étoiles »
« La s½ur jumelle du soleil »
« Ma montagne bleue »
« Mon amphore brune »:

Et au plus fort de son désespoir, elle est :
« La colombe et l'hyène »
« Le lit et la tombe »
« Le ciel et l'enfer »

Il l'appelle « la fille bleue »

C'est Dassine, sa cousine par la s½ur de sa mère.Une voyante la lui a annoncée, marchant sur un chemin de pierre, aussi belle qu'un rêve saturé de lumière. Ce lent chemin, il le sait, c'est le sien, car déjà, dans le ventre de sa mère, il l'aimait.
« Son cou est plus beau que celui d'un poulain attaché dans un champ d'orge et de blé en avril. Dieu l'a créée et lui a accordé de jouir du respect de tous. Son oncle n'a pas de repos : tout le monde vient la lui demander en mariage. Quant à elle, en liberté, elle joue de l'imzad et élève gaiement la voix. Je donnerais en aumône les troupeaux qui marchent vers la montagne et je donnerais tout ce qu'il y a de pâturages engraissant chamelles et chèvres d'ici jusqu'au Bornou pour qu'elle reste dans l'estime des hommes entre le soleil et les étoiles. »

Dassine aime Moussa. Elle l'appelle
« Le lion »
« Le juste »
« Le croyant »
« L'aigle qui va au loin »
« L'époux de ma pensée »
« Depuis ma naissance que je te connais, tu es plus beau qu'un dattier chargé de fruits sucrés. Lorsque tu prends ton chameau brun, celui marqué de vert sous la mâchoire, vert comme l'épi non mûri, tu es plus émouvant qu'une promesse de pluie, celle qui s'annonce avec l'éclair à l'Est. Toutes les femmes t'admirent. Tu es plus beau qu'un tamzak richement décoré. Tu es plus rayonnant que les cristaux de glace au plus froid de l'hiver. »
Moussa veut que son front enturbanné surpasse tous les fronts de l'Ahal
Dassine veut que le sien le dépasse encore.
L'orgueil les empêche de céder l'un à l'autre. Ils ont trop peur de se perdre en se perdant l'un dans l'autre.
Et pourtant ils s'aiment. On dit : « Si tu veux être aimé d'une femme, reste assis auprès d'elle, ainsi tu l'honores. Laisse-lui sa liberté, ainsi elle t'aimera sans contrainte. »
Elle danse, la fille bleue, de ses seules mains tendues vers les amoureux.
Elle chante, la fille bleue, des milles chants nés de la seule corde de son imzad.


Le voile noir de Moussa tait les secrets de sa bouche.
Le voile noir de Dassine cache le regard de ses yeux.
Et le son de l'archet sur le crin de l'imzad les harcèle.

Dassine dit : « Préfère à toutes voix, préfère avec moi, la voix de l'imzad, le violon qui sait chanter. Et ne sois pas étonné qu'il n'ait qu'une corde : as-tu plus d'un c½ur pour aimer ? Mon imzad à moi est à lui tout seul tout l'espace qui vous appelle. »
Elle rit, la fille bleue, égrenant le pas dansant des chèvres sur des rochers de souffre.
Elle rit, la fille bleue, de l'amour de Moussa et elle le possède par les mots, par les lettres de Tifinagh.
Elle brûle de liberté, la fille bleue. Elle agrandit ses yeux de k'hol et se farde c½ur d'indigo, d'ocre et du jaune des fleurs d'acacia. Elle brûle plus encore de l'amour qu'elle refuse...Et d'Insalah à Tombouctou, se chante le nom de Dassine : « La rose peut-elle empêcher son parfum de se donner à tous ? »

# Posté le jeudi 02 juillet 2009 03:27

Modifié le vendredi 28 août 2009 01:20

Dassine aime Moussa (2)

Dassine aime Moussa (2)
« On dit que nous sommes trois à te plaire, sans que tu saches encore celui que tu préfères : si c'est Saori pour sa constance, Aflan pour sa richesse, ou moi pour ma poésie. Lequel triomphera de ton c½ur, ô Dassine, des troupeaux, de l'orgueil ou du feu ? »
Aujourd'hui elle part, la fille bleue, au destin de ses noces. Elle a choisi Aflan Ag Doua pour époux.

« Et voici que s'est levé dans le ciel le soleil du jour de ton mariage, et à ce soleil du ciel répond le soleil de nos armes. Dassine, toi la fille de l'étoile qui mets sa chamelle d'or dans le pâturage du ciel, comment dire ton éclat ? Tu n'as pour bijou que ce collier berbère sur ta peau blanche. Tes cheveux, lissés en nattes, sont ta seule parure sous le voile. Et par ton seul sourire tu rayonnes, plus douce devant la tente que le pain de sucre et le rayon de miel. »

On dit :

« L'homme qui déplait à une femme doit se tenir à l'écart, comme le méhari que l'on n'a pas choisi pour la caravane. » Bientôt, elle sera mère, la fille bleue, mère d'un fils né d'elle et d'Aflan, qu'elle nommera Sidi-Moussa-le-lionceau. Elle se dit : « La gloire de mon front est moins grande que celle de mon sein gonflé de lait. »

Et elle entend :

« Femme, ne te plains jamais, toi qui connais la joie blanche d'allaiter. »

Moussa le guerrier, Moussa le poète, s'est éloigné depuis longtemps.... Il va là où elle n'est pas, pour s'engloutir dans l'espace du désert, pour la perdre dans le sable de la mémoire :

« L''oasis est loin, mais moins loin que l'amour de Dassine. »

Il vit parmi les épines et cram-cram (5), terrassé par la soif intarissable de l'aimée. Il demeure de longues heures les pieds posés nus sur le sable, dans le silence bruyant de sa douleur.

« Homme, il faut savoir se taire pour écouter le chant de l'espace. Qui affirme que la lumière et l'ombre ne parlent pas ? »

Moussa a choisi la fièvre, les bêtes sauvages, les blessures, la lance glorieuse, la soif, la faim, le vent et les mirages, l'aridité du désert. Il veut mourir en combattant. Toujours prêt à tuer pour se tuer lui-même. Il lève haut son bracelet qui porte la vaillance de son bras nu. Il hurle dans le vent la rage de son amour englouti :

« Trop lourd est le burnous de la vie. »

Mais de lune en lune, sa soif de la femme bleue grandit. Sur le sable il trace le serment de ne jamais prononcer son nom. Et déjà, le vent, en tourbillonnant, a tout effacé. Passent les années... Aflan délaisse Dassine pour « acheter » une autre femme. Dassine, indifférente à son absence...La tendresse de son enfant, Sidi-Moussa-le-lionceau, la comble... Mais la pensée de Moussa, son premier amour, l'habite.
Passent les années, huit années de désordres, de violence, de désespoir...
Alors, un soir, son méhari commande à Moussa de revenir au campement, de revenir vers la fille bleue. Moussa lui a obéi. A l'entrée de la tente, elle le regarde, aussi languissante qu'un dernier souffle d'air, aussi ployée que le genêt du désert tourné vers le vent.

Moussa a dit :

« Je me suis abîmé dans ton amour comme dans une tombe. La vie s'est refermée sur moi. Quelle ivresse peuvent me donner désormais les conquêtes les plus difficiles ? Les autres femmes n'ont été pour moi rien de plus que la les brumes de la rosée pour le soleil. Maintenant je viens de goûter sur ta bouche la volupté d'absorber ton c½ur et de te livrer ma vie dans le mien. Ton baiser a l'odeur enivrante du mimosa qui sourit au gommier bleu sous la main d'or du jour levant. Le désert lui-même n'est plus assez vaste pour séparer nos c½urs. »

L'enfant, Sidi-Moussa-le-lionceau, a maintenant seize ans. Il a désormais le droit de se battre avec les hommes. Dassine se rendit chez Moussa : « Moussa, toi qui par amour pour moi es devenu le pèlerin du soleil et le lion des combats, enseigne à mon fils ce que t'ont enseigné le silence et le temps. » Moussa dit alors à l'adolescent : « Apprends d'abord, et parle ensuite...Au sédentaire la charrue, au guerrier le combat. Que le chamelier garde ton troupeau, que l'épée garde ton honneur ! Crois en ta force si tu veux être fort et que la fatigue ne terrasse que celui qui mesure ses pas. L'opulence assèche le c½ur et le combat l'ennoblit. Il faut que ton courage monte comme un palmier dans le ciel et que la peur s'enfonce comme une taupe dans la terre, si tu veux avoir l'orgueil d'être toi.. »

L'adolescent partit au combat. Il est tué deux ans plus tard. Sa mère, Dassine, s'enferme dans la solitude de son malheur. Elle dédie sa passion au sable qui coule entre ses doigts en gerbes de poussière brisées par le soleil. Moussa, lui, est torturé par l'amour amer, plus amer que le fiel des fleurs vénéneuses. Ni les baumes, ni les talismans, ni les feuilles à mâcher ne le guérissent de sa fièvre. Pour Moussa, lentement, la main noire de la mort avance. Il faut connaître le désert pour savoir le silence. On dirait qu'il tombe de la lampe de chaque étoile et du tombeau blanc de la lune. Moussa dit aux étoiles :

« Qu'on m'ensevelisse dans l'infini du désert...A qui meurt d'amour immense, il faut un immense oubli. »


VOCABULAIRE :

(1) Imzad : violon à une corde
(2) Tamzak : selle de dromadaire
(3) Ahal : soirée poétique rythmée par une joueuse de l'imzad où les célibataires femmes et hommes rivalisent de poésie et d'élégance
(4) Tifinagh : Alphabet berbère
(5) Cram-cram : graminées sauvages du sahara. La graine est enfermée dans un étui d'épines qui s'accrochent aux vêtements et déchire la peau
Takouba: epée

DJAMAL BENMERAD




# Posté le jeudi 09 juillet 2009 09:27

Modifié le vendredi 28 août 2009 01:22

Charles de Foucauld et les Touareg

Charles de Foucauld et les Touareg
Que reste-t-il aujourd'hui de Moussa et Dassine ?

Récit d'une voyageuse : Alissa Descotes-Toyosaki

Après un circuit de 8 jours à l'ermitage du Père de Foucauld, sur les hauteurs sublimes de l'Assekrem, (photo ci dessus) le touriste passe sa dernière journée en ville : Tamanghasset !

Au programme, il y a la visite du palais de l'aménokal Moussa Ag Amastane, le “roi” du Hoggar, élu chef par les touaregs de sa tribu pour ses prouesses guerrières, sacré Amenokal en 1904 par les français après son alliance dans la pacification du Sahara. Sa visite à Paris et son amitié avec De Foucauld l'on rendu célèbre en France, au Hoggar, il incarne la noblesse, la chefferie, le courage et aussi l'amour. De son palais, il ne reste que des ruines grignotées par le temps, laissé à l'abandon. Mais que dire de sa tombe...Il paraît que cela ne fait pas partie des visites. Entouré d'une enceinte, le mausolée ne présente au prime abord aucune anomalie. C'est une construction en terre, piquée de la lune de l'Islam. Un fou arrive vers notre véhicule, il crie tantôt puis se tait, approche et recule à la fois. J'entre seule par le portail, mon ami touareg préfère rester dans la voiture. Des dizaines de tombes en tumulus entourent le mausolée. Il y a des déchets partout, j'ai de la peine à regarder, je me dis que ce n'est pas possible. La famille du roi repose dans une décharge, et quelquepart sous les ordures, est enterrée son amour Dassine, la poétesse célebrée dans tout le Hoggar pour sa beauté. Dans l'ombre du mausolée, le tombeau de Moussa Ag Amastane est gardée par un fou qui y a élu domicile au milieu des poubelles. Il crie tant­­ôt pour me chasser, tantôt pour m'appeler... “Arroua Arroua!” Je m'en vais, soudain apeurée. Dans la voiture c'est le silence. Mon ami me dit “ Tu ne sais pas ce qui se passe ici, c'est pire que ce que tu peux imaginer.

Je pense à Moussa et Dassine qui s'aimèrent d'un amour impossible, elle, la poétesse, qui l'appelait le lionceau, lui qui se mourrait d'amour pour la fille bleue. On raconte que l'orgueil les avait empêcher de céder l'un à l'autre. Torturé par l'amour, Moussa dit aux étoiles : « Qu'on m'ensevelisse dans l'infini du désert... A qui meurt d'amour immense, il faut un immense oubli. » Puisse un jour, la volonté du guerrier ­être entendue!


Alissa Descotes-Toyosaki

Vie de Charles de Foucauld

Explorateur et religieux français (1858-1916)

Né en 1858 à Strasbourg, Charles de Foucauld est issu d'une famille aristocratique périgourdine. Orphelin dès l'âge de 6 ans, il est élevé par son grand-père, le colonel de Morlet, à l'esprit très libre. Il reçoit une éducation religieuse, mais il perd la foi en 1874. Après avoir étudié à Saint-Cyr, il sert quelque temps dans l'armée et combattit l'insurrection algérienne de Bou-Amama (1881). Mais, il fait scandale par ses conquêtes féminines et sa vie de fêtard. Il doit quitter l'armée en 1882.

En 1882, il part en expédition au Maroc : il produit une ½uvre scientifique importante qui lui vaut un prix de la Société nationale de géographie. Après avoir étudié les oasis du sud de l'Algérie, il se sentit attiré par une vocation religieuse.

En 1886, à 28 ans, il se convertit soudainement en l'église Saint-Augustin, à Paris. Il fait un pèlerinage en Terre Sainte et décide de devenir moine trappiste. Il entre en 1890 au monastère de Notre-Dame-des-Neiges (Ardèche), avec l'objectif de rejoindre pour toujours une trappe de Syrie. En 1897, il se rend finalement à Nazareth où il s'engage comme domestique au couvent des Clarisses, et vit en ermite dans la prière et la pauvreté.

Il revient ensuiteà la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges et le 9 juin 1901, il est ordonné prêtre du diocèse de Viviers (Ardèche). La même année, il se rend dans l'ouest de l'Algérie.

Charles de Foucauld vit dans le Sud-Algérien, d'abord à Beni-Abbès. Puis, en 1905, il part vivre en plein c½ur du Sahara, à Tamanrasset, dans le Hoggar dans le but d'évangéliser les Touaregs. Il apprend leur langue pour se rapprocher d'eux, et écrit plusieurs ouvrages sur les Touaregs. Touché par une balle, il meurt devant son ermitage, le 1er décembre 1916, à l'âge de 58 ans, d'une balle perdue tirée accidentellement par un jeune Touareg chargé se sa protection.

De Foucauld a laissé de nombreux documents scientifiques qu'a publiés l'université d'Alger, ainsi que des Écrits spirituels. (source : Éditions du Jasmin)

« 11 instituts religieux, deux instituts séculiers et six associations publiques ou privées de fidèles, l'ensemble formant l'Association famille spirituelle Charles de Foucauld. Tous ont en commun les grandes orientations de ce dernier, en portant une attention particulière aux pauvres.

Symbole du dialogue entre chrétiens et musulmans au temps de l'Algérie française, Charles de Foucauld a aussi laissé derrière lui de nombreux écrits spirituels, une abondante correspondance, et un ouvrage d'explorateur et de géographe, Reconnaissance au Maroc. » (Le Nouvel Observateur, 14 novembre 2005). Le père Charles de Foucauld a été béatifié en novembre 2005 par le pape Benoît XVI. Quelques 15 000 disciples, hommes et femmes, se réclament aujourd'hui de lui à travers le monde.

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# Posté le mercredi 19 août 2009 12:58

Modifié le vendredi 28 août 2009 00:36

Proverbes Touareg : Cérémonie du Thé

Proverbes Touareg : Cérémonie du Thé









La Thé donne lieu à une véritable cérémonie et se fait en 3 temps :



On mélange eau + thé + sucre , on fait bouillir puis on sert le 1er thé...



On rajoute ensuite de l'eau et du sucre 2 fois, avec une pause à chaque fois, sans rajouter de thé...










Les Gens de la Parole (Touareg) disent à ce sujet :

"Le premier thé est amer comme la Vie"
"Le deuxième thé est fort comme l'Amour"
"Le troisième thé est suave comme la mort"

# Posté le samedi 11 juillet 2009 12:51

Modifié le mercredi 15 juillet 2009 16:35

La Femme Bleue vue par Maguy Vautier

DASSINE OULT YEMMA

Dassine était une musicienne et poétesse targuie considérée comme “Grande Sultane du désert” et “Grande Sultane d'Amour” car elle était messagère de paix entre les touareg dissidents .Elle était contemporaine de Charles de Foucauld qui parle d'elle comme d'une très belle femme...

Dans le poème qui suit, elle décrit notre écriture, celle des arabes et particulièrement l'écriture tamacheq des touareg, les tifinaghs. Ce poème fait rêver et touche profondément par sa simplicité et sa profonde humanité.


« Tu écris ce que tu vois et ce que tu écoutes avec de toutes petites lettres serrées, serrées, serrées comme des fourmis, et qui vont de ton c½ur à ta droite d'honneur.

Les arabes, eux ont des lettres qui se couchent, se mettent à genoux et se dressent toutes droites, pareilles à des lances : c'est une écriture qui s'enroule et se déplie comme le mirage, qui est savante comme le temps et fière comme le combat. Et leur écriture part de leur droite d'honneur pour arriver à leur gauche, parce que tout finit là : au c½ur.

Notre écriture à nous, au Hoggar, est une écriture de nomades parce qu'elle est toute en bâtons qui sont les jambes de tous les troupeaux : jambes d'hommes, jambes de méhara, de zébus, de gazelles : tout ce qui parcourt le désert. Et puis les croix disent que tu vas à droite ou à gauche, et les points – tu vois, il y a beaucoup de points – ce sont les étoiles pour nous conduire la nuit, parce que nous les Sahariens, on ne connaît que la route qui a pour guides, tour à tour, le soleil et puis les étoiles. Et nous partons de notre c½ur et nous tournons autour de lui en cercles de plus en plus grands, pour enlacer les autres c½urs dans un cercle de vie, comme l'horizon autour de ton troupeau et de toi-même. »


Ce poème de Dassine est tiré de “La Femme Bleue” de Maguy Vautier.




# Posté le mercredi 01 juillet 2009 02:11

Modifié le mercredi 01 juillet 2009 02:25