« La rose du Hoggar »
« La lune blanche »
« La fille de l'étoile »
« L'incomparable »
« L'unique »
« L'or et l'argent mêlés »
« L'étoile entre les étoiles »
« La s½ur jumelle du soleil »
« Ma montagne bleue »
« Mon amphore brune »:
Et au plus fort de son désespoir, elle est :
« La colombe et l'hyène »
« Le lit et la tombe »
« Le ciel et l'enfer »
Il l'appelle « la fille bleue »
C'est Dassine, sa cousine par la s½ur de sa mère.Une voyante la lui a annoncée, marchant sur un chemin de pierre, aussi belle qu'un rêve saturé de lumière. Ce lent chemin, il le sait, c'est le sien, car déjà, dans le ventre de sa mère, il l'aimait.
« Son cou est plus beau que celui d'un poulain attaché dans un champ d'orge et de blé en avril. Dieu l'a créée et lui a accordé de jouir du respect de tous. Son oncle n'a pas de repos : tout le monde vient la lui demander en mariage. Quant à elle, en liberté, elle joue de l'imzad et élève gaiement la voix. Je donnerais en aumône les troupeaux qui marchent vers la montagne et je donnerais tout ce qu'il y a de pâturages engraissant chamelles et chèvres d'ici jusqu'au Bornou pour qu'elle reste dans l'estime des hommes entre le soleil et les étoiles. »
Dassine aime Moussa. Elle l'appelle
« Le lion »
« Le juste »
« Le croyant »
« L'aigle qui va au loin »
« L'époux de ma pensée »
« Depuis ma naissance que je te connais, tu es plus beau qu'un dattier chargé de fruits sucrés. Lorsque tu prends ton chameau brun, celui marqué de vert sous la mâchoire, vert comme l'épi non mûri, tu es plus émouvant qu'une promesse de pluie, celle qui s'annonce avec l'éclair à l'Est. Toutes les femmes t'admirent. Tu es plus beau qu'un tamzak richement décoré. Tu es plus rayonnant que les cristaux de glace au plus froid de l'hiver. »
Moussa veut que son front enturbanné surpasse tous les fronts de l'Ahal
Dassine veut que le sien le dépasse encore.
L'orgueil les empêche de céder l'un à l'autre. Ils ont trop peur de se perdre en se perdant l'un dans l'autre.
Et pourtant ils s'aiment. On dit : « Si tu veux être aimé d'une femme, reste assis auprès d'elle, ainsi tu l'honores. Laisse-lui sa liberté, ainsi elle t'aimera sans contrainte. »
Elle danse, la fille bleue, de ses seules mains tendues vers les amoureux.
Elle chante, la fille bleue, des milles chants nés de la seule corde de son imzad.
Le voile noir de Moussa tait les secrets de sa bouche.
Le voile noir de Dassine cache le regard de ses yeux.
Et le son de l'archet sur le crin de l'imzad les harcèle.
Dassine dit : « Préfère à toutes voix, préfère avec moi, la voix de l'imzad, le violon qui sait chanter. Et ne sois pas étonné qu'il n'ait qu'une corde : as-tu plus d'un c½ur pour aimer ? Mon imzad à moi est à lui tout seul tout l'espace qui vous appelle. »
Elle rit, la fille bleue, égrenant le pas dansant des chèvres sur des rochers de souffre.
Elle rit, la fille bleue, de l'amour de Moussa et elle le possède par les mots, par les lettres de Tifinagh.
Elle brûle de liberté, la fille bleue. Elle agrandit ses yeux de k'hol et se farde c½ur d'indigo, d'ocre et du jaune des fleurs d'acacia. Elle brûle plus encore de l'amour qu'elle refuse...Et d'Insalah à Tombouctou, se chante le nom de Dassine : « La rose peut-elle empêcher son parfum de se donner à tous ? »
